Toulouse, 19 décembre 2008
Lettre de la CGT ANPE Midi-Pyrénées
à tous les agents ANPE de la région
Monsieur Dubrunfaut (futur directeur régional pôle emploi Midi-Pyrénées), hier, a cru bon de s'adresser directement aux agents, pour se satisfaire de la
tenue du conseil d'administration qui prononcera la mort de l'ANPE.
Nous sommes morts sans débat, sans trompettes, sans même une célébration. Le nouveau monde qui s'annonce sur le Service Public de l'Emploi doit être si beau
qu'il refuse toute l'Histoire qui l'a précédé. Le mépris aura même été jusqu'à refuser toute fin publique et solennelle de l'ANPE et des ASSEDIC.
Un tel esprit quasi dictatorial augure mal de l'esprit de ce nouvel organisme qui devra nous mener vers la privatisation complète des systèmes d'allocation
chômage et, bien entendu, vers la fin même du concept de Service Public de l'Emploi, le concept nouveau et éternel de service commercial aux entreprises devant être consacré.
Aujourd'hui, sans fantasme aucun croyez-nous, c'est de la République qu'on abat ; c'est de l'esprit de nos résistants que nous abandonnons ; pire, c'est une
vision qui a tenté d'être juste avec l'humanité qui succombe devant l'argent roi, devant l'intérêt supérieur qui doit présider à toute activité humaine : la juste et imprescriptible
rémunération de l'actionnariat boursier. Car c'est lui, bien sûr, qui au bout du projet se prépare, sur la violence du monde du travail, de copieux bénéfices.
L'histoire aura été ironique jusqu'au bout avec l'ANPE, car nous disparaissons pour une idéologie qui, sous nos yeux, s'effondre sur les places boursières de
la planète, et dans les sociétés où un tel système a fini de briser des millions de chômeurs.
Au moment même où l'histoire apporte la preuve de notre meilleure efficacité sociale, les politiques qui ont échoués depuis 30 ans dans l'ensemble des pays
occidentaux nous portent un coup d'une extrême gravité. Pour quelques intérêts privés, ce gouvernement sera responsable d'une erreur historique majeure.
Cela ne nous consolera pas.
Aujourd'hui, personne n'a le droit de nous interdire de parler, car aujourd'hui nous sommes tristes.
Tristes parce que l'ANPE disparaît sans même avoir le droit de revendiquer une émotion.
Tristes parce qu'on nous doit des excuses pour nous avoir volé un débat, pour ne pas reconnaître que, pendant des années on a assumé, dans l'hypocrisie
générale, le drame du chômage.
Nous, conseillers ANPE, sommes propriétaires de cette histoire et de cette vérité. Nous savons la façon dont la société française a sombré et nous seuls
avons accepté, de par nos missions, de lutter contre les drames du chômage de masse.
Mais nous sommes fiers. Fiers parce que nous avons tout accepté et tout combattu : la montée du chômage de masse dans les années 80, les pares, les pap's,
les Smp...
Nous sommes toujours restés vent debout, supportant les hypocrisies de nos dirigeants, prenant de façon injuste les critiques d'une population à qui il
fallait bien désigner un bouc émissaire.
Cela ne vous rendra qu'un peu plus débiteur de ce que nous avons accompli, parce que pour ce qui nous concerne, Pôle Emploi sera aussi l'heure des comptes...
pour tout le monde.
C'est à vous de prouver, messieurs de Pôle Emploi, ce que vous valez.
C'est à vous de venir apprendre de la façon dont on travaille dans l'emploi.
C'est à vous d'être humbles devant l'effort que nous, salariés de l'ANPE, avons consenti pendant tant d'années.
Et vous voulez nous expliquer l'emploi?
Et vous voulez nous expliquer la précarité et l'insertion?
Vous risquez de nous faire sourire avec vos leçons et espérez que cela ne nous énerve pas.
Je vous rappelle que votre raison d'exister est le "constat" purement idéologique que le chômage serait du à une inefficacité des Services Publics de
l'Emploi et à un niveau trop élevé des prestations sociales ce qui fausserait le libre marché... Nous constatons avec vous le résultat ce jour du libre marché...
Sur tous nos efforts, sur tout ce que nous avons du accepter, vous avez craché sans vergogne nous désignant de surcroît comme responsables. Vous oubliez que
l'emploi c'est nous... Comment nous paierez-vous cette insulte ? Avec quelle monnaie...
?
Nous refusons désormais vos monnaies de singe.
Pour notre part nous avons fini de baisser la tête, messieurs des instances provisoires et consorts.
Pour notre part, il faudra parler entre adultes. Notre coupe reste pleine. Nous avons fait avec des handicaps hallucinants les politiques publiques de
l'emploi, au prix de sacrifices personnels physiques et moraux très lourds.
Nous ne supportons plus l'humiliation finale.
Nous sommes employés du Service Public de
l'Emploi.
Nous ne sommes collaborateurs de rien.
L'inculture des nouveaux pouvoirs refuse même de voir, préférant succomber à des dérives managériales, le malaise qu'il provoque par le terme de
"collaborateur".
Eux n'y voient qu'un fantasme attaché à une période de l'histoire. Mais oui, messieurs, cela nous choque .
Au titre de nos histoires familiales, ce mot reste encore trop chargé de sens.
Nos grand-pères sont enterrés de frais pour beaucoup et pour d'autres, ne vous en déplaise, ils sont encore bien vivants.
Cela nous choque parce que notre statut public a été inventé pour éviter des "Vichy" modernes et la politique collaborationniste.
Nous refusons à titre symbolique que vous nous mêliez par le mot de collaborateur aux philosophies que vous mettez en place.
Ce mot n'a, de plus, aucune existence juridique ni dans le Code du travail, ni dans les textes qui nous sont applicables.
Collaborateur au sens du Petit Larousse signifie "travailler en commun à une œuvre commune". Si nous acceptons d'être employés et d'appliquer ce à
quoi nous oblige notre contrat de travail, nous vous interdisons, et là, dans un sens très actuel, de spéculer sur nos acceptations personnelles en termes moral, politique et philosophique à
ce que vous mettez en place.
Nous sommes tenus envers Pôle Emploi, messieurs, par un cadre légal et non par une confrérie idéologique. Et notre liberté de pensée ainsi que le plus
basique esprit républicain ne vous autorisent pas à nous inclure aux choix politiques de Pôle Emploi.
Nous vous demandons donc de cesser de présupposer une sympathie idéologique au système mis en place par le terme de collaborateur.
Nous ne collaborerons pas à votre œuvre et à celle de vos amis.
Nous respectons simplement le texte de notre contrat de travail en mettant en place des choix politiques que, ne vous en déplaise, beaucoup ne
partagent pas et combattent en dehors de leur travail.
Nous ne partageons pas cette œuvre, nous la subissons.
Nous sommes vos exécutants, pas votre caution morale.
Voilà, nous ne laisserons pas partir l'ANPE sans un cri, parce que nous aimons l'agence, parce qu'elle nous a nourris et édifiés, parce qu'elle a, quoi
qu'on en dise, assumé ses responsabilités dans le respect des demandeurs d'emploi et des entreprises.
Et il est de notre choix, malgré vous, de faire subsister son esprit, son courage, ses compétences au sein même de Pôle Emploi, et nous sommes sûrs que nous
resterons cette communauté unie à jamais d'avoir participé, ensemble, à une aventure commune bien plus grande que celle que vous nous proposez : celle d'avoir bâti le premier Service Public
de l'Emploi de l'histoire de France en obéissant aux principes de la République dans le respect strict du citoyen.
Souffrez de ne pouvoir jamais atteindre ce cercle qui vous restera fermé à jamais.
Maintenant que vienne le temps de notre juste et légitime colère... parce que le combat essentiel, celui de la société que
nous avons le droit de choisir pour nos enfants est très loin d'être terminé.
La CGT ANPE Midi-Pyrénées
Commentaires Récents